Stochelo et levez bien le kwood

A quatre ou cinq cordes, en pleins ou en déliés, des minor swing en veux-tu en voilà… C’était sous le chapiteau marciacais, avec Didier Lockwood, Stochelo Rosenberg Trio, Florin Nicolescu, Dorado Schmitt.

Ah ces manouches… il suffit d’entendre leur musique pour se sentir des leurs depuis dix générations. Mise en bouche royale avec deux pompes, le violon de Florin et la contrebasse, quartet pour débuter. Déjà des applaudissements crépitent, dès les premiers traits du violon franc et brillant du soliste, à l’aise en pizzicato comme à l’archer. Deux morceaux plus loin, il hausse le ton avec une ballade lyrique rappelant une récente soirée : « Mais lui il a quatre cordes, pas cinq, c’est pour emmerder Ponty ça ! » me souffle un festivalier… Et oui, le swing c’est le côté punk du manouche.

Haut en couleur, Dorado entre en scène, phalanges chaudes, pompe offerte. Le plaisir est évident. Léchant la mélodie avec le tact de l’expérience, il entraîne ses acolytes par une intro furtive vers des clins d’œil allant de la Marseillaise au thème de Pierrot qu’ils laisseront porte ouverte au trio de Stochelo.
Dès les premières mesures, deux gamins esquissent un pas de danse à babord du chapiteau, des jongleurs suivent en rythme ; fraternité et chaleur sont mères de cette musique. L’efficacité technique ne brade pas le discours musical, ne bride pas les passages de relais, dont les jeux espiègles s’exécutent dans la plus pure tradition du genre. Si certains classiques de feu Django sont donnés sans risques et s’enchaînent un peu complaisamment, les doigts de fée de Stochelo prenant un chorus demeurent un hymne à la six cordes. La très attendue Bossa Dorado groove à souhait, engendre le délicieux Slow du Danube, très épuré. Un dernier joué « un peu vite, mais c’est pas grave… » mérite l’ovation et un chapiteau debout.

C’est à peu près là que les choses nous échappent : une tierce mineure plus loin, Taylor propose une compo exotique bienvenue dans cette fraîche soirée. Fiona Monbet, dix sept ans, prend sa chance sur un blues du village de Lockwood, vol de l’abeille parmi les bourdons. En faut-il plus à un manouche pour venir croiser le fer ? Stochelo rappelé à la barre, deux violons et guindes forment une symétrie parfaite autour de la contrebasse. Lockwood discute tour à tour avec elle, lui, eux, puis nous visite, ce qui réveille Dorado qui chante Natacha en ré mineur, et l’on boucle ce joyeux looping par un nouveau Minor Swing, toujours à la rescousse.

(Chronique initialement rédigée pour et publiée par le journal Jazz Au Coeur)

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