Let’s Get Lost

Nous savions nous perdre.

C’est celà. Un bijou d’errance en deux heures et cinquante sept ans d’amour et de fascination.

Cette simple ligne suffirait probablement à décrire cette évidence, comme une phrase tirée du pavillon magique de Chet Baker. L’idôle. Et son crépuscule. Celui sans qui la vie et l’art en jazz n’ont pas de sens quand ils sont dits dans un même souffle.

C’est sur ce génie que Bruce Weber, vieux complice, a exposé ses rouleaux argentiques peu de temps après la mort du trompettiste. Document remasterisé pour notre plus grand bonheur plus de vingt ans après, Let’s Get Lost est un bien précieux pour la communauté des mélomanes, par son angle franchement intime, la grande part laissée aux images de scène et une bande son qui – pour ceux qui la connaissait déjà – réveille des fantômes. Toute la rédaction vous la conseille les lendemains de chagrin.

Bien sûr il subsiste des accidents, on se passerait aisément des tacotacs un peu agaçants entre les officielles femmes et officieuses maîtresses du jazzman, la sempiternelle rengaine sur le toxicomane à la trompette, le fauché devant l’éternel et l’enfant manipulateur à la fausse innocence; mais connaissez-vous du génie immaculé ? Le jazz de Chet est lunaire, tendre et sombre, Let’s Get Lost est un carré de lumière sur la lente agonie d’un enfant gâté par la Blue Note, à la réalisation impeccable sur un itinéraire d’une rare complexité.

Cette splendeur photographique donne aux rides du vieux Chet une sorte d’effet manuscrit pour les générations à venir.

Initialement rédigé et publié pour le journal Jazz Au Coeur

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Une réaction sur “Let’s Get Lost”

  1. JJ

    Je précise que la première phrase de cet article n’est bien entendu pas une traduction personnelle littérale de Let’s Get Lost comme semblent le penser certains, mais bien une phrase touchante…tirée du film. Et qui résume tout.

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