Un monde à écrire

Etonnants Voyageurs fête ses vingt ans

De Jules Vernes à Nicolas Bouvier, des vieilles et nobles cartes de navigation à Google Earth, de la correspondance épistolaire aux blogs, le voyage n’a cessé d’inspirer Homo Loquens, l’Homme de parole : le plus vieux métier du monde est certainement celui de conteur (non je ne crois pas que Australopithecus allait au bordel en rentrant de la chasse, je pense qu’il racontait d’abord ce qui lui était arrivé. D’ailleurs les éthiopiens nomment Lucy plus poétiquement que nous, Danikenesh : « Tu es merveilleuse »…). Voyage littéraire ou littérature du voyage ? Michel Le Bris a compris très tôt toute le scintillement de cette ambiguïté, qui de l’oeuf ou de la poule dans la « littérature-monde » ?

A l’occasion des vingt ans du fameux festival Etonnants Voyageurs à Saint Malo fin mai 2009, je migrerai avec joie vers un tour du monde de la littérature : celle qui migre, de ceux qui errent, explorent, questionnent l’origine et les fantasmes de l’Ailleurs, décortiquent les frontières.
Le monde comme une phrase sans fin et une crise sans péage : comment y répondent les plumes de notre temps ? Non plus dans La Littérature, mais les littératures, où la majuscule gommée rend poreuses entre elles toutes ces tentatives de dire un monde qui émerge :

« Le temps nous paraît venu d’une renaissance, d’un dialogue dans un vaste ensemble polyphonique, sans souci d’on ne sait quel combat pour ou contre la préeminence de telle ou telle langue, ou d’un quelconque impérialisme culturel. »

Tel est en susbtance le prémonitoire manifeste du festival Etonnants Voyageurs.

Le raconteur d’histoires devient passeur de mondes et, tout autant, rapporte les mots, les (re)met en scène, les réenfante. Si un pays qui n’a plus d’histoires dans son ciel est un pays qui n’est plus capable de rêver, alors il n’y a plus de pays sur nos cartes : mondes et littératures se portent mieux que jamais, car ce sont déjà cent trente auteurs qui ont répondu présent à l’appel pour un rassemblement des littératures-monde à Saint-Malo.

La littérature du passage, de l’errance, du Partir, me fascine toujours, de Depardon à McCarthy : ses chemins à regrets, ses temps faibles, le jeu de ses hasards, ses fantasmes, sa dramaturgie et son fantastique. Qu’est-ce qu’écrire alors en lettres « monde » dans nos contrées globalisées ? La littérature s’est le plus souvent renouvelée par les marges, aujourd’hui qu’elles se distordent, de nouveaux élans d’exploration voient le jour : je jetterai donc l’encre vers ces passagers terriens et passeurs d’histoires dont j’espère bien qu’elle me plairont tant que je me laisserai avoir par elles. Dans ce concert de l’Humanité en exil et en découverte, la langue rapatrie.

2 réactions sur “Un monde à écrire”

  1. Julie

    Très plaisant et très fin.
    Tout ça me donne plus que jamais envie de prendre la tangeante d’ailleurs… (d’Ailleurs ?)

  2. JJ

    T’as encore quelque semaines pour te décider ;-)

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