Souviens-toi du soleil en 2010

Comme il est tard. Des licornes nous invitent mais nous dépensons nos privilèges dans des tabacs-pmu couverts de craie.

Suis-je impolie ?

C’est par ces mots que Brigitte Fontaine entame un texte fort, personnel, enlevé aux astres comme elle seule en a démontré le « savoir-faire ». C’est aussi par ces mots, qui continuent ici-bas, que j’aime à envoyer, déposer, intercaler mes voeux à l’attention d’une sorte de masse informe constituée de passagers occasionnels que sont les lecteurs de ces colonnes. J’aime à penser qu’on tombe ici comme on tombe du ciel pour Higelin, qu’on y passe par une sorte d’effet hasardeux, de clic catatonique, j’aime même à penser que des moteurs de recherche viennent y puiser de l’insaisissable en littéraire et rament comme des félins en mer pour en extraire une substantifique sémantique 3.0 à faire boulotter à leurs bases de données. J’aime qu’ils y moulinent le délire puissamment émotionnel de Brigitte et ambitionnent d’en faire du knowledge management … qu’est-ce que c’est marrant les robots face à la poésie !

Enfin bref, bonne année ! (si vous vous souvenez du soleil)

(…) Oui, la mort travaille comme une araignée, elle tisse sa toile dans les frigidaires et nous l’éclairons avec nos lampes de poche.

Le bonheur, bourrique, c’est une pluie de plumes tièdes tombant dans la chair toujours, c’est une caravane de jardins jaune, qui danse, et ton corps éclaté avec le soleil son époux.

Je ne veux jamais l’oublier, je veux le garder et le crier pour tous avec des cris malades, avec des cris de couteaux et de nacre et de casseroles.

Te souviens-tu qu’il est pour tous, t’en souviens-tu sous ton sac, t’en souviens-tu avec ton petit bol de soupe dans les camps, t’en souviens-tu avec tes varices et ta honte, t’en souviens-tu dans ton charbon-prison, dans ton litron-poison, dans ta cuisine-usine, dans ton dodo-boulot, t’en souviens tu bétail, t’en souviens-tu charogne, t’en souviens-tu mon amour ?

Brigitte Fontaine

dans Chroniques du bonheur

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