Petite terre au milieu de la mer

Tu pouvais pas trouver mieux pour signer ta vie. Et moi, pour rappeler l’une de mes formules préférées, petit plein perdu dans l’espace, petite terre au milieu de la mer : Landéan. Ma franginette s’en va coulant le courant d’air des justes et des rescapés, avec son intelligence qui rappelle que c’est tout sauf un quotient mathématique, mais plutôt existentiel.
Landéan, en breton, c’est ça : petite terre au milieu de la mer. C’est le nom de ton bateau, ta sinuosité tortueuse qui trouve sa voix, sa voie, ça me fait tellement penser à Je veux parler jusqu’à la fin de ma voix… Je me souviens, ton jardin d’hiver, ton souffle d’antan écorché aux trois étages, cette complicité organique et ce verre encore fumant de l’hiver nous poussant dans les retranchements du bar parisien, de celui qui laisse fumer ses clopes asthmatiques au pauvre con dans mon genre derrière des rideaux clandestins où tu t’époumonais : de l’égard de ceux qui savent écouter.

Tu vois, j’ai toujours cet amour dantesque pour les allitérations. Je ne répète que ça, au fond. Parfois, c’est même une demande de pardon.

Tandis que toi la vie et l’espoir, cette allitération qui sourde dans l’avenir, tu me forçais déjà dans ton courage vital, tu continues.
Moi j’aime bien les mots avec « -al » à la fin ou au début, c’est liquide, féminin, posé, aérien, inch’allah, Plurial, Sagittal , Allain Leprest, Je t’écris à Landéan… C’est ton bateau, ta maison du voyage que tu ne t’aies pu t’autorisée depuis l’enfance. Tu le fais sans oublier les autres moins bien munis. Tu le fais sans défiance, tu le fais pour l’amour, c’est le monde qu’est bête c’est les gens qui sont beaux, tu le sais tu le pousses, tu cherches à croire autant que je le cherche dans ces mots. Tu dessines je photographie, tu vas partir je rumine ici. Tu partais, je restai. Tu respirais, je suffoquai.
C’est ça l’intimité intestine, j’en sais plus sur toi que toi sur moi, pour autant tu as plus donné que moi à toi, probablement.

Je me souviens : ce livre d’Allain que je t’ai offert, c’est donner un poumon de poète. Un trésor qui se monnaye, chez les raconteurs d’histoire, au bas mot pas loin d’un quart d’euro. Un bout de waterman. Un dizième de dizaine de francs.
Je crois que tu l’as coffré, remis à plus tard. C’était pas le moment, mais tu l’as conservé, comme on garde sa vieille montre qui retarde comme on garde un vieux rouleau de pellicule. Moi tu vois, ici, j’entrevois ma lente entreprise de démolition. Mais parfois tu apparais, comme l’heure qui parfait.
Arrose bien les fleurs, une fois par semaine au ponton des insurgés, et reviens-nous parfaite après la virgule.

2 réactions sur “Petite terre au milieu de la mer”

  1. JJ

    Pour aider Marion sur son Landéan :

  2. Jérémie Juraver poète moderne | Capoupakap

    […] Permanently Aesthetic Zone. Article sur Capoupakap […]

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